mercredi 2 avril 2014

White Light/White Heat












- White Light/White Heat
- Installation série photocopies
- 2014


27 octobre 2013, mort de Lou Reed, fin. Ça arrive comme un coup de poing et ça fait le même effet. Encore une journée foutue, journée qui m’emmène à commencer un portrait de Lou Reed pour soulager le poids de cette nouvelle. Je fais de ce portrait une photocopie, que je photocopie, que je photocopie, et ainsi de suite jusqu’à effacement total du dessin ; je fais mon deuil, le deuil du souvenir. J’expose et je partage ce deuil avec un public, comme on exposerait une série de portraits d’une idole, une image de la culture populaire. Ca fait évidemment penser aux séries d’Andy Warhol, ses série de Marilyn Monroe et Liz Taylor qui elles aussi ont un grand rapport avec la mort. Lou Reed, Andy Warhol, le Velvet Underground, la Factory, autant de liaisons qui ont fait prendre à ce projet cette forme.
La photocopie tue le livre en même temps qu’elle en conserve le contenu. Même chose ici, la mort de Lou Reed, mais le souvenir est conservé. Et dans le même temps la photocopie efface l’image et la détériore, comme un souvenir que j’essaierais d’exorciser. Cela créé un paradoxe avec l’habituelle consommation de l’icône de la star, les produits dérivés, poster, etc. qui traduisent un désir d’immortalité. White Light/White Heat est le titre d’une chanson (et également d’un album) du Velvet Underground écrite par Lou Reed qui traite de la drogue ; drogue qui est en partie responsable de sa mort. La photocopie est aussi une métaphore de cette drogue qui tue à petit feu, qui « efface » un être de la surface de la planète. « White Light » évoque bien entendu la lumière blanche au bout du tunnel et vient renforcer le côté mortifère de l’œuvre.

Dead(line) Phones




































- Dead(line) Phones
- Installation
- 2014


Depuis que le téléphone portable a commencé à se développer dans les années 1990, il a eu un impact conséquent sur les mœurs humaines. Un certain fétichisme du téléphone s’est développé et depuis les années 2000 l’homme est très attaché à son téléphone parce qu’il lui  ressemble, il contient ses conversations, sa mémoire, ses envies, ses plaisirs, ses loisirs. Le portable est devenu un avatar de l’homme qui le possède, de qui il est ou même de qui il voudrait être. Nous vivons dans une société de personnification de l’objet, on en est dépendant et on n’arrive plus à s’exprimer avec des liens sociaux mais avec des liens virtuels.
Tous les portables possèdent un codage de la date limite de leur agenda interne, et pour chaque objet ce sont des dates différentes. Fait étrange, le codage se projette dans le futur, mais aussi dans le passé, et parfois 100 ans en arrière. On peut noter un anniversaire ou un pense-bête en 1930 par exemple. Pourquoi doter le téléphone d’une mémoire et d’un calendrier avec des dates qui précèdent de plusieurs années sa création ? La date limite du futur varie aussi selon l’objet, certains vont jusqu’en 2100 et plus, alors que d’autres s’arrêtent en 2036. Mais alors que se passe-t-il si le téléphone dépasse la date butoire de son agenda : le calendrier va-t-il se réinitialiser pour redémarrer à la première date de son agenda ? Le téléphone va-t-il bloquer cette date pour tous les jours suivants ? Le fameux bogue de l’an 2000 se produira-t-il à cet instant ? Paradoxalement, L'obsolescence programmée empêche de franchir le seuil de la date limite du téléphone, c’est assez frustrant.

Les portables possèdent donc une date de « naissance » (ne correspondant étrangement pas à sa date de fabrication) et une date de mort, comme tous les êtres vivants. Et ils sont programmés grâce à un codage, souvent arbitraire, du développeur (codage sur 100 ans, etc). En est-il de même avec tous les êtres vivants ? Peut-on s’amuser avec la carte génétique de chaque être pour le « programmer » ? Peut-être puisque certaines morts sont prématurées et déterminées par des évènements extérieurs, ou que certains êtres arrivent mort-nés ou avec une maladie de naissance qui va les handicaper toute leur vie…